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mar. 04 mar. '14

Des "mères" en grand nombre

Le texte qui suit est un extrait de Plaidoyer pour l’altruisme par Matthieu Ricard, aux éditions NiL, pages 195, 196 et 197. Gros clin d’œil à la nouvelle association Polyfamilles:-)

Sarah Blaffer Hrdy a consacré sa carrière à étudier cette question, et la synthèse de ses propres travaux et de ceux de nombreux autres anthropologues et éthologues l’a conduite à formuler cette thèse :

L’une des grandes nouveautés des premiers hominidés dans leur manière d’élever les jeunes est l’éventail beaucoup plus large de personnes, autres que la mère, qui prenaient soin des enfants. Cette dépendance par rapport à un plus grand nombre de personnes a créé une pression sélective en faveur des individus les plus aptes à décoder les états mentaux d’autrui et à distinguer les individus suceptibles de les aider de ceux qui pouvaient leur nuire.

Ainsi, le fait que les nouveau-nés interagissent très rapidement avec un nombre élevé de personnes pourrait avoir contribué considérablement à élever le degré de coopération et d’empathie chez l’être humain.

[…]

Chez les Hadza d’Afrique, un nouveau-né passe dans les mains de dix-huit personnes dans les vingt-quatre heures qui suivent sa naissance. Il a été montré que les “parents secondaires” jouaient un rôle crucial dans le développement cognitif, l’empathie, l’autonomie et les autres qualités de l’enfant.

[…]

Une étude menée entre 1950 et 1980 par le United Kingdom Medical Research Council du Royaume-Uni a suivi le taux de croissance des enfants dans les tribus d’horticulteurs mandinka en Gambie. Sur plus de deux mille enfants, près de 40% de ceux qui ont été élevés uniquement par leurs deux parents sont morts avant l’âge de cinq ans. Mais pour un enfant dont les frères et sœurs et la grand-mère maternelle vivaient à proximité immédiate, la probabilité de mourir avant l’âge de cinq ans tombait de 40% à 20%. En particulier, la présence proche d’une grand-mère dès la naissance détermine l’état de santé et les capacités cognitives de l’enfant trois ans plus tard. Pour Hrdy, sans l’aide de “parents adjoints”, il n’y aurait jamais eu d’espèce humaine. La notion de “famille”, limitée à un couple et leurs enfants, ne remonte qu’au XXe siècle en Europe, et aux années 1950 aux États-Unis.

mar. 29 mai '12

All is emptyness, Mr Anderson

Et c’est parti pour le quatrième article de ma relativement petite série sur les liens entre le bouddhisme et la culture occidentale contemporaine. Cette fois-ci, c’est Matrix qui sert d’exemple pour illustrer la notion de “vacuité”, qui est centrale dans le bouddhisme. Comment ? Pourquoi ? Explications.

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sam. 25 juin '11

Le bouddhiste serait-il agile ?

Non, il ne s’agit pas de disserter sur la souplesse des moines Shaolin… :) Voici un article de plus dans ma petite série reliant le bouddhisme à la culture occidentale contemporaine. Cette fois ci je vais essayer de faire un lien entre deux domaines qui m’intéressent au plus haut point : le bouddhisme et l’informatique.

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dim. 12 déc. '10

Égollum

Je continue dans ma série des comparaisons anachroniques entre les idées bouddhistes et la culture contemporaine. C’est idiot mais je trouve ça marrant :)

En y réfléchissant, il me semble que l’égo est à la conscience ce que Gollum est à Sméagol (dans Le Seigneur des Anneaux bien sûr) : on est tentés de faire appel à lui pour passer des caps difficiles, attirés par le sentiment de sécurité et de puissance qu’il apporte, sans se rendre compte que le remède est pire que le mal.

Il me semble essentiel de bien distinguer la confiance en soi (en ses capacités en tant qu’être humain), et la croyance en l’égo, qui apparaît plus stable, plus facile et plus rassurant, mais qui est en fait bien plus fragile lorsqu’il est mis à l’épreuve de la réalité.

Gollum n’a jamais réussi à s’en libérer. Le pourrons-nous ?

dim. 04 avr. '10

Abstention aux élections

Le vote aux élections régionales est maintenant passé, et tout le monde a remarqué l’ampleur de l’abstention, qui a atteint un record historique. Dans les médias, c’est une chorale parfaitement accordée : « l’abstention c’est la honte, allez voter, allez voter ».

En entendant des connaissances et des amis essayer d’inciter les gens à aller voter, je me suis fait une réflexion que j’aimerais partager : il faut faire attention à ne pas se tromper de problème : l’abstention n’est qu’un symptôme. Le symptôme de plusieurs maux graves, notamment le désintéressement des citoyens pour la politique, mais elle reste un symptôme qu’il ne faut pas essayer de soigner sans s’occuper du vrai problème.

Quand j’entends des gens qui scandent « Allez voter, allez voter, allez voter », j’ai envie de répondre (de manière un peu provocatrice certes) : « Surtout, n’allez pas voter si vous n’avez pas réfléchi pour qui vous voulez voter ». Et oui, c’est bête, mais franchement je préfère quelqu’un qui s’abstient plutôt que quelqu’un qui va voter au hasard, ou pour la liste qui a la plus belle couleur, ou que sais-je d’autre.

Ce n’est pas l’abstention elle-même qui est un problème, ce sont ses causes, et il ne faut pas l’oublier quand on argumente sur la question. Sinon, on va se féliciter d’un score assez bas de l’abstention, on aura bonne conscience, mais la démocratie ne s’en portera pas mieux : on aura juste généré de l’entropie.

mar. 18 août '09

J.K. Rowling, une experte de la philosophie bouddhiste ?

Sous ce titre accrocheur mais complètement débile, je voudrais vous faire part d’une réflexion qui m’a traversé l’esprit à propos d’un livre que je lis en ce moment.

Tout d’abord, souvenez-vous de cette scène dans “Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban”, où le professeur Lupin apprend aux élèves à combattre un Épouvantard (Boggart). Il explique qu’il faut l’imaginer dans une forme rigolotte, et utiliser la formule « Riddikulus » pour le forcer à prendre cette forme. C’est l’éclat de rire du sorcier qui l’achève. Après l’explication du professeur, une file d’attente d’élèves se forme devant le placard où est enfermé l’Épouvantard, et c’est Neville qui est le premier. La porte s’ouvre, l’Épouvantard prend alors la forme du professeur Snape pour faire peur à Neville. Ce dernier, bien qu’effrayé au début, se re-concentre, imagine Snape dans les habits de sa grand mère, lance la formule, et voilà le terrible professeur dans un accoutrement des plus risibles ! Neville éclate de rire, l’Épouvantard disparaît, et au suivant !

Mais quel est le rapport avec le bouddhisme ?

Je suis en train de lire le livre « Plaidoyer pour le bonheur », par Matthieu Ricard (que je vous recommande chaudement au passage). Un paragraphe m’a amené la scène précédente à l’esprit, je vous le cite ici :

[… Il faut mener une introspection lucide.] On peut mener celle-ci en recourant à deux méthodes : l’une analytique, l’autre contemplative.

L’analyse consiste à évaluer honnêtement les tenants et les aboutissants de nos souffrances, ainsi que celles que nous infligeons aux autres. Cela implique de comprendre quels sont les pensées, les paroles et les actes qui engendrent immanquablement la souffrance et quels sont ceux qui contribuent au mieux-être. Le préalable à une telle démarche est bien sûr d’avoir pris conscience que quelque chose ne va vraiment pas dans notre manière d’être et d’agir. Il faut ensuite aspirer ardemment à changer.

L’attitude contemplative est plus subjective. Elle consiste à délaisser quelques instants le bouillonnement de nos pensées pour regarder calmement au fond de nous, comme on contemplerait un paysage intérieur, afin de découvrir ce qui incarne notre aspiration la plus chère.

Il dit qu’il voit pas le rapport…

J’imagine tout à fait regarder au fond de soi les différents traumatismes, les obsessions et les névroses accumulés au fil des années, comme Neville a vu Snape sortir du placard. Ça fait peur, mais il faut rester concentré. Ensuite, on les analyse, on les décortique, et on trouve les causes, aussi minimes ou idiotes soient-elles. Une fois qu’on les a bien étalées au grand jour, et que tout est clair, la volonté de s’en débarrasser s’incarne en un « Riddikulus ! » intérieur. On rit de soi-même, ni pour la première ni pour la dernière fois, parce que finalement ça tenait à bien peu de choses. Et dans un « pop ! » accompagné de volutes de fumées, les névroses sont vaincues, les obsessions disparaissent, les traumatismes sont guéris.

Ça a l’air facile comme ça, et je me doute bien que c’est beaucoup plus de boulot que ça en a l’air, mais je trouve amusant que la Voie puisse être montrée par un best seller de la littérature pour enfants :)