Comme je l’écrivais précédemment, je suis en train de regarder les vidéos des cours de Jean-Marc Jancovici à l’École des Mines. Après un début sur les problématiques énergétiques, j’en suis arrivé à la partie sur les problématiques climatiques. Dans l’espoir de vous convaincre qu’il est plus que temps de faire quelque chose, et que Copenhague en est l’occasion, je vais transcrire ici quelques points qui m’ont particulièrement marqué.

Je m’excuse d’avance de faire de la paraphrase et de la citation à outrance, et j’espère que M. Jancovici ne m’en voudra pas, mais la cause est trop importante.

Global Warming (Effetto Serra)
Creative CommonsGlobal Warming (Effetto Serra)” par Roberto Rizzato ►pix jockey◄

Tout d’abord, il faut savoir que selon les mesures que nous prenons, il est probable que nous nous acheminions vers un réchauffement de 2 à 5 degrés de température moyenne durant les 100 prochaines années, selon les scientifiques du GIEC. Mais dans tous les cas, nous ne pourrons pas éviter les 2 degrés de réchauffement. Le système est lancé, et une fois que le CO2 est dans l’atmosphère il est très difficile de l’en sortir. Ce n’est pas comme une marée noire où la pollution finit bien par se dissoudre toute seule. Vu la quantité de CO2 qui a été déversée dans l’atmosphère, le changement est inévitable. Nous ne pouvons influer que sur son ampleur.

Pour comprendre la gravité de ces chiffres, il faut comprendre (au moins) deux choses :

  • les rétroactions du système climatique
  • l’influence de ces quelques degrés de moyenne sur le climat

Rétroactions

Une chose à laquelle on ne pense pas forcément, c’est que le système climatique a tout un ensemble de rétroactions qui peuvent provoquer un emballement :

  • plus de CO2, c’est plus d’eau liquide, donc plus d’eau qui s’évapore dans l’atmosphère, et l’eau est elle-même un gaz à effet de serre ;
  • en faisant fondre la glace aux pôles, on remplace une surface blanche par de l’eau, qui absorbe beaucoup mieux les rayons du soleil ;
  • plus de sécheresse, c’est plus de feux de forêts, ce qui produit du CO2 et diminue la quantité de végétation faisant de la photosynthèse ;
  • et beaucoup d’autres encore…

Le système climatique est complexe. Le dérégler, c’est prendre beaucoup de risques, notamment des risques d’emballement incontrôlable. Le système finira bien par se stabiliser, mais la question est de savoir si ce nouvel état stable sera propice à la vie végétale et animale à laquelle nous sommes adaptés aujourd’hui.

Ilulissat Icefjord - Greenland
Creative CommonsIlulissat Icefjord - Greenland” par ….Tim

« 5 degrés ? Y’aura qu’à s’acheter un maillot de bain »

Pas vraiment non. Ce qui suit est très fortement inspiré de ce cours (séance 3.2) à partir de la 50ème minute.

5°C, c’est la différence de température moyenne entre la dernière ère glaciaire et aujourd’hui. Une moyenne est une construction intellectuelle que l’on n’est pas capable d’approcher avec ses sens, surtout dans ce cas où c’est une moyenne sur toute la planète et sur toute l’année. Personne ne voit une moyenne devant sa porte.

Petit rappel de la dernière glaciation : tout le nord de l’Europe est sous quelques kilomètres de glaces. La terre est gelée en permanence à Marseille, et en France on a l’écosystème qu’on a aujourd’hui dans le nord de la Sibérie. Tout ça avec juste 5°C de moins sur la moyenne planétaire. Donc 5°C de moyenne, c’est un bouleversement climatique majeur.

De la dernière ère glaciaire à aujourd’hui, on a eu 10 000 ans pour s’adapter au changement. Ce qu’on risque de vivre, c’est un changement d’à peu près la même amplitude, mais en 100 ans.

Beaucoup d’espèces, particulièrement végétales, ne pourront pas s’adapter à un changement si rapide. Comme j’aime beaucoup les analogies de J-M Jancovici, je vous en cite une particulièrement intéressante :

« Il y a deux façons de décélérer de 100km/h à 0km/h : soit vous appuyez sur le frein, ça vous prend 10 secondes, et vous êtes vivant ; soit vous prenez un mur, ça vous prend 1 miliseconde, et vous n’êtes pas dans le même état. »

La vitesse de la transition va très largement excéder la capacité de réponse de l’humanité. Les organismes qui s’adaptent le mieux à ces transitions rapides sont les petits, pas les gros. Pas les vaches, mais plutôt les insectes, les bactéries, les virus.

Global Warming (by Dan Crosbie/CIS)
Creative CommonsGlobal Warming (by Dan Crosbie/CIS)” par Stijn Vogels

Et pour ceux qui se disent : pas grave, on ira tous vivre en Sibérie et dans les terres du nord de l’hémisphère (pour le notre), dommage mais c’est raté ! Le réchauffement climatique favorise le trou dans la “couche d’ozone”, il est donc possible que le trou du pôle sud se créé aussi au pôle nord, ce qui posera un léger problème d’irradiation par le rayonnement solaire.

Bon, OK, mais que faire

Comme le disait aussi J-M Jancovici : « Une caméra de télé, ça se braque sur ce qui s’est passé la semaine dernière, pas sur ce qui se va se passer dans 50 ans. » Il ne faut pas attendre de la presse qu’elle relaye correctement la gravité de ce qui va se passer. Ce n’est tout simplement pas sa manière de fonctionner.

Petit extrait d’un tableau de « An Inconvenient Truth » d’Al Gore (à voir absolument), à propos des publications concernant le réchauffement climatique :


Presse scientifiquePresse populaire
Nombre d’articles parus à date928636
Pourcentage doutant de la cause0%53%

À vous de choisir à quelle source faire confiance. Moi, j’ai choisi.

Mais tout n’est pas de la faute de la presse, notre cerveau prend aussi assez mal en compte ces perspectives à long terme. Par exemple, quand on dit « dans 100 ans on sera à +3°C », on comprend implicitement que tout va bien aller pendant 100 ans, et que le 1er janvier de la 101ème année on va prendre 3°C d’un seul coup. C’est évidemment totalement faux, les ennuis seront bien avant, mais le fonctionnement du cerveau humain ne permet pas de l’apprécier pleinement.

News that is free, except to the trees.....
Creative CommonsNews that is free, except to the trees…..” par Ted Abbott

Donc que faire ? Pousser nos politiques à mettre en place des solutions drastiques d’économie d’énergie et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il y a une pétition à signer pour Copenhague émanant de 11 ONGs, ça peut être un début. Il faut faire comprendre aux instances dirigeantes que la population prend le problème au sérieux. Cela nécessite un changement majeur dans notre fonctionnement politique, économique et industriel, mais il vaut mieux appuyer sur le frein que se prendre le mur.

C’est un défi absolument primordial pour notre génération. Pas pour la suivante, pour la notre. Le temps presse, agissons.