Sous ce titre accrocheur mais complètement débile, je voudrais vous faire part d’une réflexion qui m’a traversé l’esprit à propos d’un livre que je lis en ce moment.

Tout d’abord, souvenez-vous de cette scène dans “Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban”, où le professeur Lupin apprend aux élèves à combattre un Épouvantard (Boggart). Il explique qu’il faut l’imaginer dans une forme rigolotte, et utiliser la formule « Riddikulus » pour le forcer à prendre cette forme. C’est l’éclat de rire du sorcier qui l’achève. Après l’explication du professeur, une file d’attente d’élèves se forme devant le placard où est enfermé l’Épouvantard, et c’est Neville qui est le premier. La porte s’ouvre, l’Épouvantard prend alors la forme du professeur Snape pour faire peur à Neville. Ce dernier, bien qu’effrayé au début, se re-concentre, imagine Snape dans les habits de sa grand mère, lance la formule, et voilà le terrible professeur dans un accoutrement des plus risibles ! Neville éclate de rire, l’Épouvantard disparaît, et au suivant !

Mais quel est le rapport avec le bouddhisme ?

Je suis en train de lire le livre « Plaidoyer pour le bonheur », par Matthieu Ricard (que je vous recommande chaudement au passage). Un paragraphe m’a amené la scène précédente à l’esprit, je vous le cite ici :

[… Il faut mener une introspection lucide.] On peut mener celle-ci en recourant à deux méthodes : l’une analytique, l’autre contemplative.

L’analyse consiste à évaluer honnêtement les tenants et les aboutissants de nos souffrances, ainsi que celles que nous infligeons aux autres. Cela implique de comprendre quels sont les pensées, les paroles et les actes qui engendrent immanquablement la souffrance et quels sont ceux qui contribuent au mieux-être. Le préalable à une telle démarche est bien sûr d’avoir pris conscience que quelque chose ne va vraiment pas dans notre manière d’être et d’agir. Il faut ensuite aspirer ardemment à changer.

L’attitude contemplative est plus subjective. Elle consiste à délaisser quelques instants le bouillonnement de nos pensées pour regarder calmement au fond de nous, comme on contemplerait un paysage intérieur, afin de découvrir ce qui incarne notre aspiration la plus chère.

Il dit qu’il voit pas le rapport…

J’imagine tout à fait regarder au fond de soi les différents traumatismes, les obsessions et les névroses accumulés au fil des années, comme Neville a vu Snape sortir du placard. Ça fait peur, mais il faut rester concentré. Ensuite, on les analyse, on les décortique, et on trouve les causes, aussi minimes ou idiotes soient-elles. Une fois qu’on les a bien étalées au grand jour, et que tout est clair, la volonté de s’en débarrasser s’incarne en un « Riddikulus ! » intérieur. On rit de soi-même, ni pour la première ni pour la dernière fois, parce que finalement ça tenait à bien peu de choses. Et dans un « pop ! » accompagné de volutes de fumées, les névroses sont vaincues, les obsessions disparaissent, les traumatismes sont guéris.

Ça a l’air facile comme ça, et je me doute bien que c’est beaucoup plus de boulot que ça en a l’air, mais je trouve amusant que la Voie puisse être montrée par un best seller de la littérature pour enfants :)