Copenhague : les ONGs se sont-elles trompées de cible ?
Le dimanche 31 janvier 2010, 21:20 - Lien permanent
Il est un peu tard pour faire un compte-rendu de la conférence de Copenhague sur l’évolution du climat, mais bon, il faut le temps que les articles soient lus, que les idées se décantent, etc, etc. Voilà ce que j’en retire.

“Stop the Politics Climate Treaty Now - Greenpeace”
par Takver
« De la démocratie dans le monde »
Je n’ai pas de remarque particulièrement plus pertinente que qui que ce soit d’autre sur le sujet, ni de point de vue d’insider (je n’y étais pas), mais j’aimerais tout de même porter à votre attention un article que je trouve à la fois pertinent, bien argumenté, et surtout doté d’une bonne prise de recul sur cette question. Il s’agit de l’article de Sylvestre Huet, journaliste scientifique à Libération, intitulé « Climat : qui est responsable du Flopenhague ? ».
Je vous encourage évidemment à courir le lire en entier, mais pour faire un résumé rapide je pense qu’il pose une très bonne question : les ONG écolo se sont-elles trompées de cible ?
En effet, en orientant leur actions et leurs communications vers les responsables politiques, n’ont-elles pas choisi la solution de facilité (toute relative qu’elle est bien sûr ) ? Les politiques sont peu nombreux, semblent avoir le pouvoir de décision et d’action, sont en général très instruits, etc. Ils ressemblent à s’y méprendre à la parfaite cible à viser.
Sauf que voilà, comme l’écrivait déjà Alexis de Tocqueville au début du 19ème siècle dans De la Démocratie en Amérique, et comme le rappelle Jean-Marc Jancovici sur son site, la démocratie est un régime politique dans lequel les dirigeants sont des représentants du peuple. C’est le peuple qui décide, pas les politiques, et il ne peut pas se reposer sur eux pour être une sorte de grand frère bienveillant qui prend tout seul les bonnes décisions. La démocratie responsabilise le peuple, il se doit donc d’être responsable. Au passage, je vous encourage à aller lire les deux articles de J.M. Jancovici sur le sujet, c’est particulièrement intéressant. Avec du très très bon dedans, notamment la façon dont on pourrait mettre en place de la démocratie directe, le fait que les sondages actuels en sont un ersatz puant, etc. Mais je ne vais pas me lancer dans la paraphrase de J.M.J., j’ai mis ça dans mes bonnes résolutions pour 2010.

“COP15 - Klimademo”
par gruenenrw
Pour en revenir au sujet, je pense donc que Sylvestre Huet met le doigt sur le fond du problème : pour faire changer les choses, il ne faut pas essayer de convaincre les politiques, il faut convaincre les citoyens. Et c’est beaucoup plus difficile. Les citoyens :
- sont beaucoup plus nombreux
- sont principalement préoccupés par le quotidien, bien moins par les moyens et longs termes
- ne sont pas forcément intéressés par le sujet
- ont des niveaux d’instruction très variés
- sont déjà abondamment bombardés de messages de communication (la pub) tentant de les convaincre
Bref, c’est une toute autre paire de manches. Sauf que voilà, le jour où un politique lira dans les derniers sondages : « Pensez-vous qu’il faut mettre en place une taxe carbone ? Oui 70% / Non 30% », vous pouvez être sûr qu’il le fera sans hésiter une seconde. Après tout, c’est bien ça son boulot.

“Bring Home a Climate Treaty”
par Takver
Un pacte avec le diable ?
Alors ça tombe bien, il y a des gens qui bossent depuis des années sur la façon de diffuser un message pour convaincre le public. Ce sont les gens du marketing et de la communication. Principalement employés par les publicitaires, ils le sont aussi parfois par les lobbies, les politiques, etc. Je sais qu’on touche là à un tabou, parce que la consommation de masse et tout ce qui peut l’inciter est aux antipodes de l’écologie, mais je pense qu’il faudra inévitablement utiliser ou acquérir les compétences qui sont actuellement celles des agences de communication.
Ça me rappelle une situation relativement similaire que nous avons vécu dans le monde du logiciel libre. Mes premiers contacts avec le logiciel libre l’ont été par résistance à une société en situation de monopole (il s’agit bien sûr de Microsoft) et dont les pratiques commerciales étaient… comment dire… très éloignées de ma conception de l’éthique.
Autant dire qu’à l’époque, toute société qui se montait dans le domaine du logiciel libre recevait illico un a priori négatif, d’autant plus si elle gagnait en popularité (« Mandrake c’est du Microsoft à la sauce Linux »).
Et au cours des années, les associations du logiciel libre se sont rendu compte que ce qui les empêchait de toucher le grand public, ce n’était plus les raisons techniques (logiciels moins faciles d’utilisation) mais tout simplement la méconnaissance des gens, le manque de communication, et finalement de marketing.
Je pense que la première association à avoir lancé une opération marketing d’envergure a été la Fondation Mozilla. Une fois l’horreur et le rejet viscéral passés, beaucoup d’autres lui ont emboîté le pas.

“Copenhagen during COP15”
par UN Climate Change
Y’a du boulot…
Dans le cadre de l’écologie, je pense qu’il y a là un exemple à prendre. Les associations du logiciel libre ne sont pas spécialement plus fortunées que celles qui défendent l’environnement, il y a donc très probablement des méthodes à réutiliser. Je pense par exemple au concours de vidéo que Mozilla a lancé pour la sortie de Firefox 3.0. Pourquoi pas un concours de vidéo pour sensibiliser le public à sa dépendance aux énergies fossiles ? À l’impact du réchauffement planétaire sur les activités humaines futures ? Je suis sûr qu’il y a des idées à échanger.
La communauté du logiciel libre étant déjà plutôt politisée (la liberté dans le logiciel est un problème éminemment politique), je suis sûr qu’il y a déjà beaucoup de membres communs aux deux causes. J’espère que le besoin de mutualisation des compétences et des expériences va se faire plus clair au cours des mois qui viennent, et que nous pourrons nous entre-aider sur ce sujet commun. Il est grand temps, plus nous attendons et plus la note climatique sera salée.
















Commentaires
lundi 1 février 2010, 07:31
C’est bien mais tu egratines à peine la surface du problème.
Ce n’est pas de savoir comment sensibiliser mais de savoir pourquoi les choses ne changent pas.
La nature du capitalisme pousse inexorablement à un productivisme acharné.
Aussi longtemps que nous n’aurons pas reformer le monde de gouvernance mondial, qui n’est que le bras armé du neo libéralisme, le capitisme continuera d’exploiter les Hommes et leur terre jusqu’à epuisement.
lundi 1 février 2010, 08:14
@Tenshu : Je pense que je comprends ce point de vue, mais je ne suis pas d’accord. À mon avis, il y a beaucoup de choses que l’on peut changer dans notre façon actuelle de faire du capitalisme avant de se demander s’il faut carrément changer de régime.
Peut-être que le nombre et l’importance de ces changements feront qu’on ne sera plus concrètement en capitalisme, mais je pense qu’il faut faire ces changements les uns après les autres, plutôt que de “jeter le bébé avec l’eau du bain” et tout recommencer.
Je pense par exemple :
production = capital + travail”, là aussi on voit qu’il n’y a pas de “moins les ressources consommées”L’économie capitaliste nous donne des outils pour prendre en compte les ressources consommées, par exemple le bilan comptable : en plus ce qu’on a produit, en moins ce qu’on a consommé, et on regarde ce qu’il reste à la fin.
Commençons déjà par ça, on verra s’il y a besoin d’autres changements après.
lundi 1 février 2010, 10:33
C’est celà.
Responsabilisons la population. Tri sélectif, ampoules basse consommation, taxe carbone, …
Autant de petits gestes ridicules du quotidien , qui permettent à tous les citoyens de se sentir responsable du réchauffement climatique. Celà permet de mieux faire passer la pillule quand aux tonnes de déchets nucléaires “enterrés” en Russie, et autres bizzareries écologiques à l’échelle industrielle :
des pommes qui poussent en Anglettere, lustrées en Afrique du sud, pour être revendues en Angleterre
-du riz financé par l’état, vendu à bas coup dans des pays qui ne pourront jamais en faire pousser…
Responsabilsons la populace,ça lui occupera l’esprit un moment, et pendant ce temps, on engrengera encore de l’argent sur le dos de la terre, tout en faisant culpabiliser le bon peuple…
lundi 1 février 2010, 11:24
@Anonyme : Je suis d’accord que certaines pratiques industrielles doivent cesser, mais je pense qu’une taxe carbone peut par exemple décourager les longs transports de marchandise (que tu décris dans le premier point). L’avantage d’une taxe carbone, c’est qu’elle fait re-rentrer le coût des ressources dans l’équation de production, et ça c’est pas mal.
Évidemment que les industriels ont une part de responsabilité dans le réchauffement climatique, mais de la même façon qu’il faut agir sur les électeurs pour décider les politiques, je pense qu’il faut agir sur les consommateurs pour décider les producteurs. Modifier l’offre pour modifier la demande.
Il y a, je pense, deux façons de réduire l’utilisation ou la production de quelque chose :
La taxe carbone essaye la première solution, tandis que les quotas d’émission sont plutôt sur la seconde.
Si tu vois une troisième solution, ça m’intéresse fortement de l’entendre.
lundi 1 février 2010, 12:17
Effectivement, nous (la population) oublions trop souvent que nous avons la MAJORITÉ des pouvoirs. Nous vivons dans le capitalisme, tout ce qui régit ce système c’est l’argent et la production. Qui produit ? Qui consomme ? C’est la population. Si la population se décidait à modifier son comportement de consommation, alors tout changerais.
On vote 3 fois par jour (très belle phrase tirée du film Food Inc.).
samedi 6 février 2010, 16:52
Une bien lourde déception alors qu’on en attendait tellement de ce sommet. Malgré toute sa bonne volonté, supersarko n’a rien pu faire. Il faut dire que les pays émergents tel que la chine ont pourri le sommet. D’un coté, on ne peut le leur reprocher : Les occidentaux sont responsables du désastre écologique actuel et on leur demande d’en payer les frais. Mais ces derniers préfèrent rattraper leur retard … Au final, l’utopie se termine sur un accord de vitrine. AU moins cet échec fera date, et on espère qu’à l’avenir on se souviendra de ce “désastre” comme expérience.