Orgueil et préjugés
Le mardi 9 février 2010, 08:10 - Lien permanent
Non, rien à voir avec le best-seller de Jane Austen. Je voudrais vous raconter une histoire, qui m’est arrivée il y a une semaine ou deux.
Je rentre du boulot le soir, par le bus. J’en ai environ pour une heure, donc je vais m’assoir, mais les places sont prises, sauf au fond où il en reste quelques unes. En arrivant à la rotonde, je vois qu’une des places a été dégueulassée par une espèce de Gloubiboulga beige qui semble bien collant, avec des morceaux, mais qui ne pue pas. Je m’assois donc bien loin et commence ma lecture.
En m’asseyant, je ne peux m’empêcher de remarquer mes deux voisins, qui sont des archétypes des rebels des cités. Survêtements larges, casquettes brillantes vissées sur la tête, écouteurs dans les oreilles, bling-bling de partout et un regard aussi vivace que celui d’une vache au passage du TER Meuse-Champagne.
Les arrêts passent, les places propres se remplissent. Une ou deux personnes pensent avoir flairé la bonne affaire en repérant la dernière place libre au fond, voient l’étendue des dégâts, et font demi-tour avec une moue dégoûtée. Finalement, une jeune femme (blonde, mais c’est peut-être mon souvenir qui est influencé ;o) ) s’approche, apparemment sans avoir repéré la tache. Avant que j’aie eu le temps de préparer ma phrase, et de briser le Mur du Silence des Transports en Commun, elle s’assoit. Tout le monde semble un peu gêné, et au bout de quelques secondes une des deux racailles pointe un doigt à demi tendu au bout d’un bras à demi plié vers le siège de la jeune femme, et dit d’une voix grave : « C’est sale ». Elle se lève, manifestement très embêtée d’avoir sali son beau manteau brillant, peste un peu entre ses dents, cherche des mouchoirs pour essuyer et s’en va.
Et voilà. Parmi les 9 personnes assises au fond du bus, aucun des 7 trous du cul de bourgeois bien pensants dont je fais partie n’a osé se sortir le doigt du troufion ne serait-ce que pour avertir l’arrivante que son siège était taché. Qui a bougé ? Celui que les préjugés véhiculés par le journal de TF1 affichent comme asocial, communautariste, violent et ghettoïsé.
Et moi, moi qui m’imaginais avoir de l’intérêt pour les autres, faire passer la disponibilité avant les convenances sociales, qu’est-ce que j’ai fait ? Rien. Je ne vaux pas mieux que mes autres moutons de voisins dans leurs prés carrés[1]. Clairement, je n’en menais pas large ce soir-là.
Évidemment, dès que la personne suivante a fait mine d’approcher du siège taché, ce fut un concert d’avertissements. Des avertissements qui sonnaient comme des applaudissements pour notre improbable professeur d’un soir. Je pense ne pas avoir été le seul à retenir la leçon.
Notes
[1] Au passage, je ne leur en veux pas personnellement bien sûr, c’est juste qu’ils sont le reflet de mon échec, ils me mettent le nez dans le caca.















Commentaires
mardi 9 février 2010, 10:19
Cela m’es déjà arrivé de me faire remettre à ma place dans ce genre d’histoire, car la personne à cru que c’était pour l’emmerder que je lui disais que la place était cassé, etc… Donc cela n’avait servi à rien que je l’ouvre… Mais bon… au vu des résultats…
Souvent aussi la politesse est mal vue, mais bon… faut faire avec et réagir en conséquence… Le respect doit aussi aller dans les deux sens.
Après les préjugés ne sont pas toujours à porter là où l’on croit, il y a des cons partout.
Je ne regarde plus le journal télévisé de TF1 depuis des années souvent à cause de ces choses dont tu parle.
mardi 9 février 2010, 20:35
Belle leçon d’humilité de ta part, que tu viens de nous faire …
mardi 9 février 2010, 20:53
@Gab : Mouais, c’est gentil Gab mais franchement je pense que personne ne peut rester insensible à ce genre de situation.
mardi 9 février 2010, 21:31
@VINDICATORs : oui, je pense qu’il vaut mieux risquer de se faire rembarrer une fois sur 100 plutôt que de ne pas aider les 99 autres fois. Et honnêtement, j’ai l’impression que ni la situation actuelle ni la tendance évolutive ne sont du bon côté de l’équilibre, si équilibre il peut y avoir.
Le mec qui t’engueule parce que tu l’avertis, la plupart du temps en fait il s’engueule lui-même parce qu’il n’a pas vu le problème tout seul. C’est un peu couillon de sa part, mais c’est pas une raison pour le laisser dans sa merde.
mardi 9 février 2010, 23:22
Ah ouais, nan, c’est clair, c’est sûr que tu prends un coup dans les préjugés ! C’est juste que t’as raconté ça de manière humble.
mercredi 10 février 2010, 17:40
C’est effectivement un comportement très spécial du genre humain. En fait, c’est je pense simplement un manque de confiance lorsque il y a beaucoup de monde. Personne n’ose parler en public, mais si quelqu’un ose, alors les autres n’auront plus peur.
C’est exactement comme en classe je ne connais pas vos âges mais mo…, et bien personne ne pose de questions (souvent car personne n’ose tout simplement), mais dès qu’un premier courageux se lance, le reste suis (souvent).
Donc il faut juste avoir le courage de dire les choses en public lorsque c’est nécessaire.
mercredi 10 février 2010, 17:41
oups désolé, ce n’est pas un lien que j’ai voulu mettre mais simplement des crochets.
mercredi 10 février 2010, 17:47
Jolie leçon d’introspection
dimanche 14 février 2010, 10:11
du verbe s’asseiller, bien sûr
PS: une tache et une tâche, ce n’est pas la même chose
dimanche 14 février 2010, 20:12
@Aude : J’ai corrigé “asseillant” -> “asseyant”, et j’ai enlevé l’accent circonflexe de “tâche”, merci.
samedi 27 août 2011, 16:03
Joli article… décentrons un peu… en bonne marseillaise ayant été enceinte dans cette bien violente ville, dit-on, je peux témoigner que le jeune-des-quartiers-Nord se lève quasi systématiquement dans le métro pour céder sa place à l’auguste rondeur, accompagnant le geste d’un “asseyez-vous m’dam’ ” ou d’un plus frustre “dégage bidule (son petit frère) elle est enceinte la dame”. C’est bien le seul. Je pourrais pourtant parier que c’est lui qui a taggé ladite rame de métro de bout en bout la nuit dernière.
Oserais-je suggérer que ce n’est peut-être pas une question d’éducation, ni de politesse acquise… mais simplement d’habitude du lien social et de l’apostrophe de l’étranger au-delà de la contrainte sociale urbaine qui nous inculque, depuis le plus jeune âge, qu’on ne dérange pas l’alter-étrange et que tant le banc n’est pas plein on laisse une place entre soi et l’inconnue d’à côté ?
Une cité c’est (parfois) crade et (souvent) ça craint, certes, mais on s’y cause du rdc au 16e étage… pas sûr qu’on fasse pareil sur le Prado (pour parler de chez nous autres).
Et le deuxième phénomène (le concert d’avertissements) c’est la jouissance retrouvée dudit lien social, bien commun, non rival, non marchandable, de l’humanité… éphémère, mais bon, comme toujours. Pour le plaisir de ne pas te sentir seul, Aurélien… un ‘tit lien ?
http://www.youtube.com/watch?v=9Y3h…
samedi 27 août 2011, 16:07
@Toani : Très juste. Très très juste. Je n’étais pas allé jusque là.
Par contre, je constate que tu es en train de parcourir tout mon blog, il est temps que je fasse le ménage dans mes bêtises de jeunesse
mardi 30 août 2011, 14:02
@Aurélien : laisse-les, pour la postérité