Je rentre du boulot le soir, par le bus. J’en ai environ pour une heure, donc je vais m’assoir, mais les places sont prises, sauf au fond où il en reste quelques unes. En arrivant à la rotonde, je vois qu’une des places a été dégueulassée par une espèce de Gloubiboulga beige qui semble bien collant, avec des morceaux, mais qui ne pue pas. Je m’assois donc bien loin et commence ma lecture.

En m’asseyant, je ne peux m’empêcher de remarquer mes deux voisins, qui sont des archétypes des rebels des cités. Survêtements larges, casquettes brillantes vissées sur la tête, écouteurs dans les oreilles, bling-bling de partout et un regard aussi vivace que celui d’une vache au passage du TER Meuse-Champagne.

Les arrêts passent, les places propres se remplissent. Une ou deux personnes pensent avoir flairé la bonne affaire en repérant la dernière place libre au fond, voient l’étendue des dégâts, et font demi-tour avec une moue dégoûtée. Finalement, une jeune femme (blonde, mais c’est peut-être mon souvenir qui est influencé ;o) ) s’approche, apparemment sans avoir repéré la tache. Avant que j’aie eu le temps de préparer ma phrase, et de briser le Mur du Silence des Transports en Commun, elle s’assoit. Tout le monde semble un peu gêné, et au bout de quelques secondes une des deux racailles pointe un doigt à demi tendu au bout d’un bras à demi plié vers le siège de la jeune femme, et dit d’une voix grave : « C’est sale ». Elle se lève, manifestement très embêtée d’avoir sali son beau manteau brillant, peste un peu entre ses dents, cherche des mouchoirs pour essuyer et s’en va.

Et voilà. Parmi les 9 personnes assises au fond du bus, aucun des 7 trous du cul de bourgeois bien pensants dont je fais partie n’a osé se sortir le doigt du troufion ne serait-ce que pour avertir l’arrivante que son siège était taché. Qui a bougé ? Celui que les préjugés véhiculés par le journal de TF1 affichent comme asocial, communautariste, violent et ghettoïsé.

Et moi, moi qui m’imaginais avoir de l’intérêt pour les autres, faire passer la disponibilité avant les convenances sociales, qu’est-ce que j’ai fait ? Rien. Je ne vaux pas mieux que mes autres moutons de voisins dans leurs prés carrés[1]. Clairement, je n’en menais pas large ce soir-là.

Évidemment, dès que la personne suivante a fait mine d’approcher du siège taché, ce fut un concert d’avertissements. Des avertissements qui sonnaient comme des applaudissements pour notre improbable professeur d’un soir. Je pense ne pas avoir été le seul à retenir la leçon.

Notes

[1] Au passage, je ne leur en veux pas personnellement bien sûr, c’est juste qu’ils sont le reflet de mon échec, ils me mettent le nez dans le caca.