Le plus gros pollueur de la planète
Le mardi 21 décembre 2010, 12:00 - Lien permanent
On dit un peu partout que la Chine a très récemment dépassé les États Unis sur le podium des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre, et a donc décroché la triste première place. Je voudrais faire part d’un commentaire que j’ai entendu récemment de la part d’un économiste[1], et que je trouve très intéressant.
On sait tous que la Chine est devenue « l’usine du monde », c’est là qu’est concentrée la production manufacturière de la planète (ainsi que dans quelques pays voisins). Donc voilà : si moi, européen, je décide de m’acheter un ordinateur portable dernier cri qui sera fabriqué en Chine, à quel pays doit-on imputer les émissions associées ? Actuellement, elles seront imputées à la Chine, mais est-ce juste ?
De mon point de vue, puisque c’est moi qui ai commandé le produit, je porte la responsabilité des émissions liées à sa fabrication. On va bien sûr me rétorquer que les moyens de production choisis par la Chine (électricité au charbon, quasi-absence de normes anti-pollution, rejets toxiques etc.) ne sont pas sous mon contrôle, et que je n’y peux donc rien. Mais selon moi c’est faux : je peux influer sur la façon dont la Chine produit les marchandises, tout simplement en achetant ailleurs ! En faisant jouer le « marché » finalement. Si j’achète un produit fait par exemple en Suisse, en Norvège ou — horreur ! — en France, je sais que l’énergie électrique est assez peu émettrice de CO2, que les normes environnementales existent et sont appliquées, sans même parler des émissions liées au transport[2].
Si on considère donc que c’est celui qui commande le produit qui est responsable de ses émissions, les États Unis sont encore loin devant la Chine, et nous, l’Europe, ne sommes pas mal placés non plus dans cette course vers le mur.
Je n’ai pourtant pas d’affinité particulière avec la Chine[3], mais il faut reconnaître que cette fois on les accuse à tort, et qu’il faudrait commencer par balayer devant notre porte.
Notes :
[1] dont je ne retrouve plus le nom malheureusement, honte à moi
[2] et quelques autres “détails” comme : un salaire minimum pour les employés, une sécurité sociale, des horaires décents, quelques congés de temps en temps, … mais ce n’est pas le sujet ici, aussi vaste et important soit-il
[3] Tibet, droits de l’Homme, démocratie, environnement, etc… la liste est longue















Commentaires
mardi 21 décembre 2010, 14:04
Oui, mais connais-tu une entreprise qui fabrique ses ordinateurs en Europe?
L’idéal ce serait que la conception des appareils soit communautaire, que le matériel soit libre comme l’est le logiciel libre et que chacun choisisse entre fabriquer soit même ce qu’il peut/veut fabriquer dans un FabLab/HackerSpace et faire fabriquer le reste par un prestataire ou la totalité par un prestataire. Mais qu’il puisse choisir à qui il demande de fabriquer l’appareil de son choix et où il sera fabriquer.
mardi 21 décembre 2010, 15:09
@korbé : Ce qui me semble clair, c’est que s’il n’y a pas de demande, alors il n’y aura pas d’offre. Effectivement on s’est actuellement laissés glisser dans une situation où certains produits ne sont fabriqués qu’en Chine, autrement dit la Chine a le monopole de la fabrication du produit. Et on sait qu’il est difficile de casser un monopole.
Pour ce qui est des ordinateurs, il y en a peut-être de fabriqués en Corée du Sud, au Japon, ou dans d’autres pays Sud-Asiatiques où la situation est un peu meilleure. A vrai dire j’ai pris l’exemple de l’ordinateur non pas par pur geekisme, mais parce que je sais que c’est un produit dont la fabrication est très polluante et très émettrice de CO2. J’aurais pu prendre l’exemple de la voiture, dont les lieux de fabrication sont moins concentrés.
En ce qui concerne ton idéal de conception et de fabrication communautaire, je ne suis pas complètement d’accord. Je pense surtout qu’il ne faut pas appliquer les mêmes modèles au monde du matériel et à celui de l’immatériel. Jusqu’à présent, l’immatériel (logiciel, musique, films) a essayé abusivement de copier les modèles du matériel (notion de “produits”, vente de copies, licences d’utilisation …), mais il me semble qu’il ne faut pas tomber dans le travers inverse et appliquer les modèles de l’immatériel à ce qui ne l’est pas. Cela dit, c’est un autre débat, même s’il est très intéressant.
mardi 21 décembre 2010, 15:53
Je ne suis pas d’accord avec ton point de vue sur la matériel. Il faut bien différencier la conception de la fabrication. Et la conception, hormis les prototypes, c’est immatériel et on peut très bien y appliquer le modèle du libre.