Le texte qui suit est un extrait de Plaidoyer pour l’altruisme par Matthieu Ricard, aux éditions NiL, pages 195, 196 et 197. Gros clin d’œil à la nouvelle association Polyfamilles:-)

Sarah Blaffer Hrdy a consacré sa carrière à étudier cette question, et la synthèse de ses propres travaux et de ceux de nombreux autres anthropologues et éthologues l’a conduite à formuler cette thèse :

L’une des grandes nouveautés des premiers hominidés dans leur manière d’élever les jeunes est l’éventail beaucoup plus large de personnes, autres que la mère, qui prenaient soin des enfants. Cette dépendance par rapport à un plus grand nombre de personnes a créé une pression sélective en faveur des individus les plus aptes à décoder les états mentaux d’autrui et à distinguer les individus suceptibles de les aider de ceux qui pouvaient leur nuire.

Ainsi, le fait que les nouveau-nés interagissent très rapidement avec un nombre élevé de personnes pourrait avoir contribué considérablement à élever le degré de coopération et d’empathie chez l’être humain.

[…]

Chez les Hadza d’Afrique, un nouveau-né passe dans les mains de dix-huit personnes dans les vingt-quatre heures qui suivent sa naissance. Il a été montré que les “parents secondaires” jouaient un rôle crucial dans le développement cognitif, l’empathie, l’autonomie et les autres qualités de l’enfant.

[…]

Une étude menée entre 1950 et 1980 par le United Kingdom Medical Research Council du Royaume-Uni a suivi le taux de croissance des enfants dans les tribus d’horticulteurs mandinka en Gambie. Sur plus de deux mille enfants, près de 40% de ceux qui ont été élevés uniquement par leurs deux parents sont morts avant l’âge de cinq ans. Mais pour un enfant dont les frères et sœurs et la grand-mère maternelle vivaient à proximité immédiate, la probabilité de mourir avant l’âge de cinq ans tombait de 40% à 20%. En particulier, la présence proche d’une grand-mère dès la naissance détermine l’état de santé et les capacités cognitives de l’enfant trois ans plus tard. Pour Hrdy, sans l’aide de “parents adjoints”, il n’y aurait jamais eu d’espèce humaine. La notion de “famille”, limitée à un couple et leurs enfants, ne remonte qu’au XXe siècle en Europe, et aux années 1950 aux États-Unis.