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L’inégalité, un mal nécessaire ?

mercredi 14 mai 2008, par Aurélien Bompard


Nous avons eu une discussion intéressante avec les collègues hier midi, qui se résume bien par cette question : approuvons-nous le fait qu’il y ait de très grandes différences dans le niveau de vie des populations du monde ? Il ne s’agit pas seulement de le reconnaitre, parce que c’est évident. Non, il s’agit de savoir si on est d’accord avec cet état de fait, et qu’on est prêt à l’encourager.

Personnellement, je préfèrerais un monde égalitaire, et même si ça n’arrivera jamais je pense qu’il faut essayer de viser ce but. En tout cas la situation actuelle, l’ampleur des différences de niveau de vie entre les peuples, n’est pas acceptable de mon point de vue, et de celui de mes collègues.

L’objectif de la discussion n’est pas de s’employer à résoudre les problèmes de guerre et de faim dans le monde (même si ça serait pas de refus...), mais de mettre en regard deux faits :
- nous n’acceptons pas une telle différence entre les niveaux de vie des peuples ;
- la planète Terre ne supportera pas que la totalité de la population mondiale aie le même niveau de consommation que nous.

De dernier fait n’est plus à démontrer, malheureusement... Alors que faire ?

Selon moi, nous avons plusieurs solutions pour rester compatible avec notre volonté d’égalité :

  1. diminuer drastiquement notre niveau de consommation, pour que tous aient approximativement le même et que la Terre puisse l’amortir
  2. diminuer la population mondiale
  3. espérer l’arrivée d’un deus ex machina sous la forme d’une découverte scientifique révolutionnaire qui permettrait à tous de consommer autant que nous, voire plus
  4. coloniser une autre planète

La première solution semble la plus évidente, mais n’est pas à prendre à la légère. Elle impacte très très fortement notre mode de vie actuel : quasiment plus aucune voiture individuelle, ou plus les mêmes, moins d’import de produit, moins de voyages, et des centaines d’autres impacts plus importants auquels je ne pense pas en ce moment.

La seconde population n’est pas très réjouissante non plus, et peut provoquer des blocages instinctifs (moi elle me met mal à l’aise...). Elle implique, en dehors d’une guerre mondiale ou de cataclysmes bien sûr, une politique très strict de contrôle des naissances. Pas plus d’un enfant par famille, au niveau mondial. Alors on pourra peut-être redescendre à un nombre "vivable" de terriens. C’est pas très joyeux comme solution, mais la situation ne l’est pas non plus, il faut faire des choix.

La troisième solution est assez populaire dans nos professions de techniciens bercés à la science-fiction. Attendre qu’une formidable découverte technologique vienne tout révolutionner et nous permettre de continuer à vivre comme actuellement. Depuis 40 ans, on nous dit que la fusion nucléaire va arriver dans 10 ans et que ça va tout résoudre. Mais il ne s’agit pas que d’un problème d’énergie, il y a aussi un problème de matières premières (déforestation, exploitation des gisements, etc.). Je trouve qu’attendre le Père Noël est un pari très (trop) risqué. Les chances pour que ça n’arrive pas, ou trop tard, sont énormes. Vu la situation, je dirais que la science-fiction joue un peu le rôle de l’opium du peuple : mais non, ne prenons pas de décision difficile maintenant, vous allez voir tout va s’arranger. Risqué. Trop risqué.

Enfin, la quatrième solution : coloniser une autre planète. Non seulement c’est sûr que ça arrivera trop tard, mais en plus je trouve que considérer sérieusement cette possibilité, c’est un aveu d’échec retentissant. C’est l’indéniable aveu de notre irresponsabilité en tant qu’espèce vivante. Accepter ça, c’est donner raison à l’agent Smith de Matrix : nous sommes un virus, un parasite. Nous nous multiplions jusqu’à ce que toutes les ressources de notre hôte soient épuisées, puis nous cherchons à nous implanter ailleurs.

Bref, la situation n’est pas rose, et je pense qu’il faut se mettre au boulot tout de suite, parce qu’il y a du chemin. Un composé de (1) et (2) me semble un bon départ : réduire considérablement notre impact écologique, et ne pas avoir plus de deux enfants, un si possible, et aucun au mieux.

De toute façon, vu le monde qu’on va leur laisser....

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2 Messages de forum

  • L’inégalité, un mal nécessaire ?

    26 juin 2008 23:05, par Phèdre
    Le chêne qui étend ses ramures fait de l’ombre aux jeunes pousses de la même espèce qui de fait fânent sur pied. La nature ne peut survivre qu’en détruisant ce qui l’empêche de grandir, soit les autres espèces. La guerre est la nature même de l’homme. Si vous désirez un monde égalitaire, vous vous exposez à créer de nouvelles inégalités. Quand au monde que "nous leur laissons", nous ne pouvons le juger bon ou mauvais, car cela stipulerait alors qu’un monde parfait existe et que nous comparons le nôtre à celui-ci. A tous ceux qui me disent que le monde va mal, je leur demande : en comparaison de quel autre monde ? La guerre est nécessaire. L’égalité est un désir de mort (Nietzsche).

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    • L’inégalité, un mal nécessaire ? 14 juillet 2008 10:27, par Aurélien Bompard

      Je ne suis pas d’accord, et en fait cela me semble une mauvaise excuse pour l’inaction.

      Certes l’Évolution n’est pas tendre avec les perdants, et il est vrai que dans la Nature la survie est un combat permanent. J’entends même dire que puisque l’Homme n’est finalement qu’un animal, c’est normal que nous nous battions, que nous entretuions, et que nous parasitions toute la planète.

      Bien sûr que l’Homme est un animal. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas viser mieux que l’animal.

      Nous avons acquis une capacité cérébrale suffisante pour réfléchir à nos actions, les juger, et envisager le long terme, ce qu’aucun animal n’a réussi à faire jusqu’à présent sur notre planète. Et nous voudrions tendre vers l’animal ? Certes c’est plus confortable, mais c’est renier les responsabilités que nous avons reçues en même temps que le pouvoir de détruire la Terre.

      La Nature est brutale et sans pitié (et va nous le rappeler dans quelques dizaines d’années, avec la disparition du pétrole et le changement climatique). Mais ça ne veut pas dire que l’Homme doit chercher à l’être encore plus. C’est une escalade de la violence que nous ne pouvons que perdre.

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